7/01/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #60
1 Juillet 2009

Sommaire

La marche silencieuse de la force invisible
ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde

Message de l’équipe éditoriale


Message de l’équipe éditoriale


Dans ce numéro, nous vous informons des progrès très significatifs obtenus par l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde ces dernières années. Ce développement met en évidence les potentialités d’alternative et de croissance en nombre et en qualité d’une réalisation territoriale menée dans la durée. Dans le cas de cette initiative, des villages sont à la base du dispositif. Mais ce ne sont pas des villages repliés sur eux-mêmes, ce sont des communautés reliées entre elles par un projet global et par une banque, adaptée aux besoins, qui agit à l’échelle régionale et nationale, ce qui permet d’organiser des solidarités de façon plus ample et avec une plus grande solidité.
Nous avons déjà présenté cette association dans les Bulletins #4 (2003) et #12 (2005), disponibles sur le site indiqué ci-dessous. En effet, en août 2002, Yvon avait été invité par ASSEFA, avec une délégation internationale. A ce moment, l’association comptait environ 3 500 villages. Six (6) années plus tard, ils sont 9 800 villages ! Pour Yvon, il s’agit toujours d’une association des plus inspirantes qu’il faut porter à connaissance.

Dans les prochains mois, nous explorerons avec vous les suites de notre bulletin dans le contexte des résultats de la rencontre de Luxembourg (voir le numéro précédent). La prise de conscience qui accompagne les crises en cours, et en particulier la fin annoncée du pétrole à bon marché, aura inexorablement des impacts énormes. Un grand nombre d’analyses prévoient le retour du territoire, le«local» devenant le lieu de la (re) composition des activités humaines et celui de la gestion des ressources naturelles et du suivi des résiliences écosystémiques. Le moment est venu de mettre toutes les énergies – humaines !- au service de solutions alternatives pacifiques au modèle macroéconomique globalisé qui reposait sur l’exploitation sans compter de ressources que l’on croyait inépuisable. « Il est trop tard pour être pessimiste », comme le dit Arthus-Bertrand dans le film « Home ».

Prochaine parution : septembre


Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

La marche silencieuse de la force invisible

ASSEFA : 40 ans de développement communautaire en Inde



À l’occasion du 40e anniversaire de ses activités, l’Association for Seva Serva Farms (ASSEFA) de l’Inde a publié un recueil de divers articles, dans un livre au titre évocateur : « La marche silencieuse de la force invisible ».

En mars 2008, ce mouvement, d’inspiration Gandhienne regroupe 9 766 villages dans 8 états différents de l’Union indienne. Ainsi, au total, ce sont 803 000 familles, donc plus de 3,5 millions de personnes qui bénéficient des multiples activités d’ASSEFA. On prévoit qu’en 2010, celles-ci concerneront 1 million de familles.

Il n’est pas possible dans le présent article de décrire en détail l’ensemble des activités d’ASSEFA. Nous présentons ici un ensemble d’éléments qui donnent une idée du travail réalisé depuis 2002, date à laquelle Yvon Poirier a effectué une visite sur place. Nous renvoyons le lecteur à la consultation des Bulletins n°4 et 12 pour se faire une meilleure idée du chemin parcouru en 7 ans.

La vision : une approche holistique
Au début en 1968, il s’agissait d’aider les paysans sans terres à créer des villages sur des terres obtenues par le mouvement Gandhi. Ainsi, au début, ASSEFA travaillait pour les villageois. À l’étape suivante, ASSEFA travaille avec tout le monde, y compris les pauvres. En effet, depuis 15 ans, il est plus approprié de parler de développement par le peuple, dans lequel l’association remplit des fonctions de planification et de soutien. L’approche est holistique et vise la création de villages auto-suffisants et durables.

Le concept de fiduciaire (trustee en anglais) est au cœur des principes qui prévalent. «Chacun devrait vivre sur cette Terre-Mère en tant que Fiduciaire avec tout ce qu’il a, et acquiert pour le bénéfice de la communauté dans laquelle il vit ». Ainsi, ASSEFA fait confiance à la communauté et aux villageois. Ils sont libres de s’organiser entre eux, de gérer l’argent et les ressources matérielles afin d’en tirer un bénéfice mutuel, et si possible d’en faire bénéficier les villages voisins.

La micro-finance : un outil d’entraide animé par des femmes
L’organisation des villages repose en bonne partie sur les Groupes d’entraide féminins (GEF). En mars 2008, 32 000 GEF regroupent 500 000 femmes dans 113 Sarvodoya Mutual Benefit Trusts (SMBT). En 1996, les SMBT sont devenus propriétaires de la Sarvodaya Nano Finance Limited, une institution financière reconnue par la Banque de l’Inde. Ainsi, depuis 1998, la micro finance est la propriété des femmes. Elle est gérée par elles-mêmes, avec l’aide des professionnels d’ASSEFA. En 2008, 172 000 femmes ont bénéficié de prêts. Le taux de remboursement a été de 99,66% !

Dans cette approche holistique, ASSEFA s’assure que les villages peuvent satisfaire leurs besoins : santé, éducation, logement, activités génératrices de revenus (tels que production de lait, petites entreprises, vente directe de produits agricoles dans des marchés, etc.).

Construire la cohésion sociale
Une emphase majeure est la construction de la paix dans les communautés. Comme nous le disions en 2005, ASSEFA, avec l’aide d’organisations amies en Europe, et le soutien de divers récipiendaires du prix Nobel de la Paix, entre autres, le Dalai Lama du Tibet, Mairead Corrigan Maguire d’Irlande et Aug San Suu Kyi du Myanmar, a obtenu que l’Assemblée générale de l’ONU déclare la «Décennie 2001-2010 pour l’éducation à la paix des enfants du monde». Cette formation est intégrée au programme des écoles ASSEFA.

Une autre activité importante a été instaurée ces dernières années, ce sont les «mariages communautaires». En Inde, le mariage demeure une institution importante. Au delà des deux personnes, il s’agit d’un rite sacré qui unit deux familles. Ainsi, la plupart des mariages sont «arrangés». Même s’il s’agit d’un évènement festif, pour bien des familles pauvres c’est un désastre financier. Car en Inde, malgré son illégalité depuis 1961, la dot demeure la norme. Les mariages communautaires, qui unissent simultanément des couples hindous, musulmans et chrétiens, ne constituent pas seulement une promotion du respect entre les religions, c’est aussi une activité de renforcement de la communauté et de lutte contre la pauvreté. Les GEF qui organisent ces mariages réduisent de 50% les frais pour les familles concernés. En janvier et février 2006, dans 7 villages du Tamil Nadu (état du Sud de l’Inde), 340 couples se sont mariés et 49 000 personnes ont participé aux célébrations. Impliquer les villageois met en place les conditions pour venir en aide, si besoin, aux nouveaux mariés. « En somme, les mariages communautaires sont un puissant outil de construction de la cohésion sociale et l’entraide dans les villages ».

Perspectives pour les 40 années à venir.
Réaliser la justice sociale et économique, créer des villages prospères, demeure une priorité. Cependant, même si «l’empowerment des plus vulnérables demeure un travail continu dans toutes les sociétés, et que la durabilité est non seulement une question de survie de projets ou d’organisations, notre habilité à comprendre les implications de l’interdépendance est devenue une préoccupation globale car c’est probablement le facteur clé qui déterminera la survie ou non de l’humanité toute entière, au siècle prochain».

La globalisation aggrave considérablement les écarts entre les riches et les pauvres au niveau de la planète, et à l’intérieur de chaque pays. « Certes, l’économie après le pétrole ouvre des perspectives de changement de cap mais elle provoquera aussi des ruptures et de la misère pour bien des gens. Sans une gestion effective de l’économie globale, non seulement pour assurer les besoins essentiels de tous, mais aussi pour s’adapter aux changements environnementaux, l’avenir de l’humanité au siècle prochain est à haut risque.»

Auteur : Yvon Poirier
Silent March of The Invisible Force
Sarvodaya Action Research Centre, Madurai, Tamil Nadu, September 2008, 248 p


Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

6/07/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #59
1 Juin 2009

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale


4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg
La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».


Message de l’équipe éditoriale
Tel qu’annoncé précédemment, en avril dernier, nous participions à la rencontre Lux’09. À nos yeux, cette rencontre aura été un succès, notamment parce que plusieurs groupes de travail s’organisent afin de réaliser concrètement des propositions formulées dans les ateliers.

À cet égard, nous vous invitons à visiter le site www.lux09.lu afin de prendre connaissance des résultats des treize ateliers ainsi que de la Déclaration.

Comme nous étions impliquées dans l’organisation de l’Atelier 7, Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie, depuis le début, et comme c’est en plein dans la mission de notre Bulletin, nous vous faisons part de la démarche préparatoire à l’atelier, ainsi que de ses principaux résultats.

En ce qui nous concerne, nous sommes très satisfaits de ce résultat, d’autant plus que dans un bon nombre d’autres ateliers, la notion de développement local, qui pour nous est synonyme d’ancrage territorial, était présente. En somme, dans la grande majorité des secteurs d’activité, qu’il s’agit de consommation responsable et de commerce équitable, de finances solidaires, d’alimentation, d’énergies, de logement, etc., l’importance du local, de l’ancrage territoriale, est une constante.

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut

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4ème Rencontre intercontinentale du RIPESS, Globalisation de la solidarité, - Forum Lux’09, 22 au 25 avril à Schifflange - Luxembourg

La contribution de l’ATELIER 7 : « Participation démocratique et ancrage territorial pour une autre économie ».


Conscient que le contexte actuel est celui d’une crise profonde et de la démocratie et du modèle de croissance, l’Association française des Pactes Locaux, soutenue par la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH), a imaginé un processus de capitalisation itinérant et apprenant, sous forme d’une plateforme de travail élargie à la dimension européenne. En décembre 2007 les préparatifs de l’atelier 7 s’engagent par la mise en route de 5 étapes régionales, accueillies par des organisations participatives, ancrées dans leurs territoires, qui ont fait des avancées conséquentes sur des problèmes clé d’aujourd’hui :
• en Poitou-Charentes : la participation citoyenne et la mise en place de 340 groupements d’employeurs pour répondre aux besoins, créer des emplois avec la fondation d’un Centre de ressources européen (France Joubert) ;
• en Auvergne : le tourisme responsable, laboratoire d’une économie territoriale plus solidaire, harmonieuse et durable et outil de développement au service des populations des territoires accueillants (Alain Laurent et Jean-Claude Mairal) ;
• au Grand-Duché de Luxembourg : Objectif Plein Emploi est un réseau de 820 salariés indélocalisables et 400 acteurs bénévoles, axé sur le développement local, l’économie solidaire et la promotion, en Europe, d’un 3ième espace économique (Ben Goerens) ;
• en Ile-de-France : le Collectif Equitess de Fontenay-sous-Bois initie des nouvelles pratiques socio-économiques en milieu urbain, contribuant au mieux vivre ensemble (Christine Bourdel, Françoise Hutinet, Joël Cacciaguerra);
• dans le Nord-Pas-de-Calais : métropolisation (Lille, Courtrai, Arras et Calais, Dunkerque, Boulogne) et territoires adjacents : Organiser la solidarité et l’économie associées pour ne pas subir serait le maître mot de cette rencontre. (Bruno Deffontaines et Mireille Charonnat, conseil de développement du Pays de Saint-Omer, en présence des pays ruraux de la Zone verte).

Clôturés en janvier 2009, les résultats sont mis en lumière grâce à une grille de lecture commune, discutés dans des échanges « entre pairs » et débouchent sur des propositions. Ils s’enrichissent et s’internationalisent entre février et avril 2009 :
• grâce aux fiches d’illustration produites, en amont, par les intervenants et autres « invités contributeurs de l’atelier 7, venus du monde entier : Europe, Géorgie, Sénégal, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Madagascar, Québec, Chili, Malaisie et Philippines.
• grâce à l’accueil d’une délégation internationale dans l’Aude en amont du 16 au 21 avril: Yvon Poirier et Jacques Fiset (Québec), Denison Jayasooria (Malaisie) et Ben Quiñones (Philippines), président et animateur de la CSRSME Asia (Coalition of Socially Responsible SMEs), qui reprend le flambeau pour la 5ème rencontre, en 2013, en Asie.

Ce processus participatif a permis l’accumulation d’importants matériaux, de questionnements, de suggestions et propositions d’une grande richesse (www.pactes-locaux.org). Mais Luxembourg 09 est qu’un point d’étape et un nouveau point de départ, comme en témoigne les grandes lignes de conclusion de l’atelier 7 :
85 personnes inscrites, une quarantaine effectivement présentes au long des 3 séquences : 1) “illustrer et débattre vu des Nord.s”, 2) le lendemain “vu des Sud.s”; 3) pour “croiser les regards” le troisième jour et dégager des convergences entre acteurs, à tous niveaux de responsabilité ; proposer ensemble, du local à l'Europe et jusqu’à l’international, des réponses en matière de régulations, organisations, coopérations et décisions”.

“L'atelier 7 considère que la notion d'ancrage territorial est centrale ».
La gravité de la crise est une occasion de réviser les fondamentaux de l'économie en la reconnectant avec d’autres dimensions et ce à un niveau pertinent : le territoire, avec la personne comme point de départ central de l'analyse et de l'action. La vision holistique est possible à ce niveau. En effet, l'ancrage territorial permet la transversalité (environnement, social, culture, finance, gouvernance etc.) et l'implication de toutes les composantes de la population, surtout les exclus, qu'il faut inclure dans toutes politiques d'ESS. Cette approche est un pilier de l'économie sociale et solidaire et sera placée au coeur de la 5éme rencontre du RIPESS en Asie.

Pour que cette notion soit comprise et diffusée, la démarche apprenante des Pactes Locaux est un outil approprié. Il concrétise l'expression "l'expérience forme et prend forme". La démarche apprenante (appelée aussi "voyage apprenant" en Asie) contribue à la co-construction d'une vision partagée sur le territoire d’une part et à propos du territoire d’autre part. Ce type d’outil doit être amélioré et adapté.
Le renforcement des capacités et la formation sont indispensables. Les cibles : les élus, le personnel des communes et l'administration en général.
La participation doit être la règle, mais elle doit être facilitée en allant vers les plus exclus, les plus en besoin, par une posture d'écoute et de dialogue, plutôt que de leçons à donner. C'est essentiel.
L'existence de facilitateurs, de raconteurs d'histoire, d'animateurs de la vie locale est importante. De même que des outils efficaces comme l'arbre à palabres.
L'ensemble permet de faire le lien entre démocratie représentative et démocrate active.
Le réseautage et l'échange d'expériences Nord-Sud est important également. Il faut rééquilibrer les échanges d'expériences et les savoirs.
Le passage par la régulation, c'est à dire les politiques - pas dans le sens de "politicien" - est incontournable pour articuler le local, le régional, le national, le continental et le mondial.

Les propositions concrètes marquent la volonté partagée de poursuivre le dialogue engagé pour approfondir deux questions dans le cadre du Forum international Asie de 2013 :
• Quelle contribution la dimension territoriale, culturelle, environnementale, sociale…peut-elle apporter aux différentes thématiques que le Forum envisage de traiter ?
• Quelle contribution … à l'élaboration de projets mondialisés ?
Un certain nombre d’actions ont été listés, et sont en exploration pour leur concrétisation.

La teneur de ces perspectives est confortée et amplifiée par le discours de conclusion de Romain Biever, directeur d’INEES (INstitut Européen pour l’Economie Solidaire ) qui met l’insistance sur 5 points :
• “ poursuivre la recherche fondamentale pour conceptualiser dans le champ de la science économique ;
• poursuivre la recherche appliquée sur les différentes thématiques et dans les projets, car les compétences sont dans le projets ;
• valoriser les territoires dans une gouvernance démocratique ;
• renforcer le réseautage ;
• permettre la participation de tous les citoyens, faire naître l’esprit critique, contre les paroles dogmatiques, toucher les médias… Il faut combiner ces 5 points, et les faire évoluer à partir des territoires, nouveaux moteurs. C’est à nous de concrétiser cette société du savoir et de créer des centres d’excellence dans nos territoires, à l’échelle internationale ».


Article de Martine Theveniaut


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Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

5/28/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #58
1 Mai 2009

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale

La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U

Message de l’équipe éditoriale


Au mois de mars dernier, une première conférence s’est tenue aux E-U sur l’économie solidaire. Nous reproduisons dans ce numéro un article de Carl Davidson, un des membres du Comité de coordination du Réseau US d’économie solidaire (US SEN).

Dans le contexte actuel de crises économiques, financières et environnementales, le développement d’un mouvement d’économie solidaire comme politique publique au pays promoteur de la globalisation libérale est un signe de changements fondamentaux qui fait suite à l’élection de Barack Obama comme président des USA. Les défis sont énormes, car les grandes transnationales n’abandonnent pas la partie. À titre d’exemple mentionnons les tentatives d’Exxon pour mettre la main sur les projets d’énergie éolienne!

Le mouvement est jeune, mais il s’enracine dans une grande diversité de mouvements sociaux, et ce dans toutes les régions des E-U.


Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut


La justice économique par le bas
Le mouvement d’économie solidaire est lancé lors de sa 1ière Conférence aux É-U
Par Carl Davidson
SolidarityEconomy.Net

Près de 400 personnes se sont réunies à l'Université du Massachusetts à Amherst du 19 au 22 mars pour le premier rassemblement national du Réseau É-U de l'Economie Solidaire (USSEN), dépassant les attentes de ses organisateurs.

L'aggravation de la crise économique a rendu la rencontre très pertinente. Le thème général : «Bâtir un autre monde», a attiré des participants de la côte Est, du Sud et du Midwest des États-Unis, et même de l’Alaska et du Porto Rico. Au niveau international, des délégations sont venus du Québec, du Venezuela, du Pérou, du Mexique et du Canada. Les participants représentaient des projets de justice économique et d’emplois "verts", des coopératives alimentaires et des caisses populaires, des coopératives de travailleurs et des syndicats, ainsi que des initiatives d'organisation de paix et de justice.

«Notre diversité était très dynamique et créative» a déclaré Julie Matthaei, membre du comité de coordination de l’USSEN. « Elle nous a bien servis pour affirmer notre unité, discuter des différences et pour nous aider à parvenir à une plus grande compréhension de l'économie solidaire dans notre contexte. »

L'économie solidaire est un mouvement populaire très connu dans toute l'Amérique latine, du fait que les gens s’entraident pour survivre face à la coupure des filets de sécurité sociale imposée par la mondialisation et le néolibéralisme. Elle est constituée de coopératives paysannes, de travailleurs saisissant des usines abandonnées ainsi qu’une variété d'organisations de citadins pauvres. En Europe et au Québec, c’est également connu comme faisant partie de l'économie sociale, avec des liens étroits avec les syndicats, des coopératives de travailleurs et le secteur à but non lucratif dans les services sociaux. Ensemble, l'économie sociale et solidaire est très forte là-bas, avec des succès dans la promotion de politiques publiques.

L’USSEN a été lancée lors du Forum social des États-Unis à Atlanta en 2007. Il avait attiré quelque 12 000 participants. Les militants du SEN avaient organisé plus de 80 panels et ateliers, et le réseau a été créé parmi les participants. Ce dernier a augmenté son membership depuis ce temps, notamment avec la réunion d’Amherst, son premier grand projet américain. Il a été co-organisé avec l'Universidad de los Andes du Venezuela et RIPESS-Amérique du Nord, le Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire.

Emily Kawano, directrice de l’USSEN ouvre la séance plénière d'ouverture et note de ce moment comme historique. «Nous savons que l'économie solidaire est quelque chose de nouveau pour les militants ici aux Etats-Unis, mais nous sommes très enthousiastes à l'idée de la façon dont elle est prise en compte. Nous sommes très clairs sur son sens fondamental, mais en même temps, nous aimons l'idée que nous construisons la route au fur et à mesure que nous avançons ". Par la suite, Ethel Côté a donné une description de la manière dont le Réseau canadien de développement économique communautaire (RCDÉC), dont elle est la représentante, est confronté aux nouveaux défis créés par la nouvelle période de crise, tandis que Benito Diaz de l'Université des Andes du Venezuela a décrit le grand mouvement coopératif lancé dans le cadre de la révolution bolivarienne dans son pays.

La conférence a comporté 70 ateliers, 4 sessions plénières, ainsi qu’une ouverture à partir d’exemples de pratiques locales d'économie solidaire dans l'ouest du Massachusetts. Un total de 199 orateurs ont fait des présentations et ont animé des discussions.

Un large éventail de sujets.
Les sujets ont couvert un large éventail: une politique commune dans le cadre des plans de relance d’Obama, l’habitation coopérative, le commerce équitable, les caisses populaires, les monnaies alternatives, les coopératives au Venezuela, des récupération d’usines par des travailleurs en Argentine, l'économie féministe, l'économie sociale au Québec, le rôle des syndicats, les coopératives de travailleurs, des alliances pour des emplois "verts", l'énergie solaire, et bien plus encore.

La plénière de vendredi matin était remplie. Elandria Williams du Highlander Research and Educational Center à Knoxville, Tennessee, a stimulé la foule avec ses descriptions de luttes organisées pour la justice économique « C’est exact, nous ne l’avons jamais nommée ainsi. Mais, nous pratiquons l’économie solidaire pour survivre depuis longtemps. » Elle a partagé la scène avec Ethan Miller, du Grassroots Economic Organizing Network (réseau économique d'organisation de la base). Il a ravi la session avec un grande carte graphique montrant l'interconnexion des caractéristiques du mouvement sur un écran géant.

Economie solidaire et emplois verts.
La question de la connexion de l'économie solidaire avec l'ensemble du mouvement des "emplois verts" a été débattue lors d’un atelier sur l'élaboration d'une politique commune dans le cadre du plan de relance d’Obama. La question a été soulevée par la récente nomination de Van Jones de Green For All (Vert pour Tous) à l'équipe de la Maison Blanche - Green For All et Jones sont très appréciés ici. Bien qu'il n'y ait pas de consensus, presque tous étaient d'accord s pour dire qu'il y avait énormément de chevauchements entre les deux, et que les projets d'économie solidaire ont un rôle important dans le mouvement des emplois "verts".

« Ce ne sont pas exactement les mêmes", a déclaré un participant. "T. Boone Pickens, le millionnaire du Texas qui veut le tout éolien, pour faire du Midwest une Arabie saoudite de l'énergie éolienne, fait clairement partie de l'économie verte, mais il est plus que probable, qu’au mieux, il soit indifférent à ce qui fait une économie solidaire, à une propriété de travailleurs ou de la communauté, et ainsi de suite. C'est là où nous arrivons : Que pouvons-nous proposer au mouvement d’emplois "verts" ?

Deux grandes questions structurent les débats.
Le « débat Obama » a émergé dans plusieurs ateliers pendant la fin de semaine. Il existe un éventail de points de vue sur la nouvelle Maison-Blanche, avec beaucoup de gens favorables envers Obama. Par contre, certains se sont plutôt déclarés électeurs Verts, et quelques-uns ne se sont pas donnés la peine d’aller voter. En fait, il existe deux grandes discussions et débats sous-jacents dans le mouvement d'économie solidaire à peu près partout.
• Un est de savoir si les projets d’économie solidaire fonctionnent comme des alternatives aux marchés ou comme une option dynamique au sein de ceux-ci.
• L’autre préoccupation concerne l'État, et si les projets d’économie solidaire se développent principalement en se liant horizontalement à l'extérieur du gouvernement, ou s’ils s’allient avec le gouvernement pour forcer des réformes structurelles, en particulier au niveau local. Ces deux points de vue ont été exprimés, mais ni l’un ni l’autre n’a vu la nécessité de forcer une conclusion sur le débat.

Mais la plupart des participants ont été tout simplement enthousiastes quant à la taille et la diversité de la participation, et intrigué par de la gamme de choix de thèmes d’ateliers qu'ils pouvaient échantillonner.

Une conférence de portée internationale.
La plénière du vendredi soir a permis d’approfondir la dimension internationaliste de la conférence. Nancy Neamtan du Chantier de l'économie sociale du Québec, le réseau des réseaux de toutes les organisations impliquées dans l'économie sociale, a expliqué le lien intime avec le mouvement des travailleurs par le biais d'un certain nombre de batailles et des crises, et comment l'économie sociale est essentielle à la survie de la classe ouvrière, en particulier les femmes travailleuses. Graciela Monteagudo, parlant au nom du projet argentin Autonomista, a présenté un puissant diaporama sur les efforts des pauvres urbains à s'organiser en coopératives de recyclage dans son pays, pendant que Jose Sojo du Venezuela a décrit les défis actuels de survie des coopératives sur le marché.

Des emplois pour les jeunes.
Le samedi matin, les ateliers de la conférence débordaient de monde, car beaucoup de militants arrivent à Amherst pour la fin de semaine.
"Les emplois verts et de l'énergie verte - propriété de la communauté" a été un choix populaire. Organisé par le Massachusetts Coop Power, les présentateurs ont donné une excellente description détaillée de la création d'emplois verts pour les jeunes dans l’installation de système de chauffe-eau solaire dans des maisons privées. Même des familles à faible revenu pourraient profiter d'un certain nombre de plans créatifs pour couvrir les dépenses de départ pour l’achat d’unités en empruntant contre leurs économies à venir sur les factures d’électricité de leurs fournisseurs de services publics.

«C’est gagnant-gagnant pour tout le monde», a déclaré Lynn Benander de Coop Power. Lorsqu’interrogé sur la façon dont elle a convaincu les plus sceptiques des jeunes du centre-ville à s’embarquer dans le programme, elle a répondu: « j'ai mis une tasse en mousse remplie d'eau chaude au milieu de la table et j’ai demandé: Comment pouvez-vous garder l’eau chaude? et ils devaient compétitionner pour trouver des solutions. Alors j'ai dit, OK, bon, maintenant comment pourriez-vous garder cette salle et ce bâtiment plus chaud? Voici un détecteur, trouvez les pertes de chaleur, et réfléchissez sur la façon de l'arrêter. Cela a fonctionné à merveille et ils se sont impliqués. »

S’allier pour construire une économie verte, inclusive et équitable.
Un atelier, sur un thème semblable : Construire une économie verte, inclusive et équitable, était présenté par le Massachusetts Green Jobs Coalition - MAGJC (la Coalition d’Emplois Verts du Massachusetts). «Comment pouvons-nous le faire?" a demandé Kalia Lydgate, une organisatrice du MAGJC. Une étudiante, inspirée par Van Jones et son livre, "Green Collar Economy", a décrit ensuite comment ils ont utilisé ses idées pour construire des alliances trans-sectorielles qui intègrent des personnes nécessitant le plus d'emplois verts. « Si vous rentrez dans une pièce et se sont tous des gars blancs en habits, vous avez de gros problèmes. Cela ne va pas fonctionner.» Le MAGJC s'est avéré une coalition qui a remporté un franc succès à travers l'État en plaidant que c’est par le bas que la formation au travail et le financement de la démarche est le meilleur gage de succès.

"C'est l'une des expériences la plus stimulante et enrichissante de ma vie», a déclaré Tylik Railey, un jeune militant d’Asbury Park Neighborhood Cooperative dans le New Jersey. «Je suis tellement heureux de faire partie d’un mouvement si grand et mondial. Ne sachant pas trop à propos de l'économie solidaire, j’étais un peu hésitant de me lancer dans ce monde d’organisateurs, d’universitaires, d’étudiants, et de petites entreprises. Mais en peu de temps, j’étais en train de partager mes expériences avec ces mêmes personnes. »

La place des syndicats dans le mouvement social.
L’après-midi, un atelier sur le travail a retenu l’attention. Yvon Poirier du Réseau canadien du DÉC, et syndicaliste retraité du Québec, a fait un exposé sur le rôle essentiel des syndicats du Québec dans les mouvements sociaux. "Avec notre gouvernement conservateur à Ottawa», a dit Poirier, "un programme progressiste n'est pas entièrement possible maintenant." Il a néanmoins expliqué les avancés importantes, par rapport aux États-Unis, réalisées par les syndicats québécois. Depuis le milieu des années 1980, ils font usage de leurs propres fonds de pension pour soutenir la croissance de l'économie sociale afin de répondre aux besoins de base de la population. D'autres dans l'atelier ont fait état des problèmes du «syndicalisme d'affaires» (préoccupé uniquement par la négociation collective) aux États-Unis, mais ils ont également fait état d'ouvertures de la part de certains syndicats pour travailler autour des questions plus larges. Tous ont convenu que les militants du SEN devraient faire leur la lutte pour le prochain Employee Free Choice Act (N.B. loi facilitant la syndicalisation) que la droite du parti Républicain tente de bloquer.

Les coopératives de travailleurs sont au cœur de l'économie solidaire.
Un atelier a examiné un certain nombre de projets dans le Bronx et New York. Un participant à l'atelier, Bucket von Harmony, membre d'une coopérative en milieu rural de Virginie, a déclaré : "Nous avons appris que beaucoup de travailleurs immigrés dans la ville de New York sont maltraités par leurs employeurs. Ainsi, un groupe de gens se sont réunis et ont formé différents collectifs: une garderie d'enfants coopérative, une coopérative dans la construction, ainsi qu’une coopérative d’entretien ménager. Ils ont chacun des structures différentes. Une des coopératives requiert que tout le monde y mette 2 heures de travail par semaine pour la commercialisation. La coopérative en construction donne aux femmes la possibilité de participer à la construction, ce à quoi elles n’avaient pas accès avant, elles se paient un salaire égal, sans égard à leur niveau de compétence. Il est impressionnant de voir comment le partage et la collaboration peuvent améliorer la vie de ceux qui ont le plus de mal à se débrouiller, surtout dans le contexte où une partie importante de notre mouvement est composée de ceux qui ont eu beaucoup de privilèges dans la culture dominante.

Les coopératives de crédit sont une caractéristique de l'économie solidaire.
L'atelier, "Guide to a Better Banking System"(N.B guide pour un meilleur système bancaire), organisé par la Federation of Community Development Credit Unions (Fédération des caisses de développement communautaire), a mis en lumière la façon dont ils ont été frappés par la crise financière, lorsque leur structure nationale (NB. Une forme de caisse centrale) a été pris avec des valeurs mobilières, des investissements supposés sûrs cotés AAA, qui en fait sont fondés sur des prêts hypothécaires «toxiques»."Nous allons en prendre un coup !», a déclaré Cliff Rosenthal, «mais nous allons passer à travers mieux que les autres." Il a poursuivi en expliquant le rôle important des caisses de crédit, des coopératives elles-mêmes, afin de répondre aux besoins financiers des travailleurs et des coopératives dans les communautés locales.

Rosenthal a également entamé la séance du samedi soir avec une version courte de sa présentation dans l'atelier. Le rôle des coopératives de crédit est apparu encore plus avec les autres présentateurs avec lui: Van Temple de la National Community Land Trust (fiducies foncières), qui travaille à développer des logements abordables sur des terrains appartenant à la communauté) et Nick Regalado de la West Virginia Coal River Mountain Watch, qui promeut des parcs éoliens en opposition à la méthode de "démolir le sommet de la montagne» qui permet l’extraction de charbon à ciel ouvert, méthode qui ravage le massif des Appalaches. Cette session s'est terminé avec un appel militant de Julio Chavez, l'ancien maire de Trujillo au Venezuela, pour une plus grande coopération internationale, et de solidarité avec le processus révolutionnaire bolivarien qui se déroule dans son pays.

Le plaisir de la fête.
La soirée s’est terminée par des activités culturelles solidaires qui ont insufflé une grande énergie. La première était Raging Grannies (mémés enragées), un groupe coloré avec ses chansons pacifiques et folkloriques, et un certain nombre de chanteurs populaires, y compris Red Valley Fog, Jay Mankita et Ethan Miller. "Brique par brique», un groupe hip-hop des quartiers difficiles a changé le rythme avec un rap de poésie écrite cette journée même. Il a soulevé beaucoup d'enthousiasme. Enfin, un groupe a lu des paroles et des écrits de célèbres leaders du monde du travail sur une période de 150 ans, et s’est achevé, tout le monde debout, chantant une vibrante version de "Solidarity Forever" (une chanson de 1915 très connue dans le monde syndical anglophone). Parmi les plus grisonnants des anciens combattants des luttes ouvrières des années 1970, il n'y avait pas un œil sec à trouver !

Bilan et perspective.
Le dimanche était jour de récapitulation, pendant que des personnes se préparaient à prendre l’avion. Une dernière série d'ateliers avec en vedette l'un sur des «Communes égalitaires» dirigé par Bucket von Harmony, et l'autre sur "Les femmes, le féminisme et l'économie solidaire" avec Ethel Côté, Julie Matthaei et Nedda Angulo du RIPESS. Angulo a terminé la dernière séance plénière par un appel militant à étendre le travail sur tous les continents, et d'encourager ceux qui le peuvent d’assister à la prochaine réunion du RIPESS au Luxembourg.

Tout au long de la conférence, SEN a tenu trois "réunions d'affaires" sur les travaux de construire et d’élargir le réseau. Il a décidé de former un nouveau conseil d'administration et un petit comité de coordination, ainsi que la fixation d'autres priorités et d'affiner son message et sa mission.

Du Québec, Yvon Poirier a conclu : "En juin 2007 à Atlanta, il y avait environ 40 personnes dans la dernière séance, en provenance de 80 ateliers, qui ont décidé d'aller de l'avant. Maintenant, il ya environ 350 400 personnes aux États-Unis qui en savent beaucoup plus, et sont certainement intéressés d'une manière ou d'une autre, à faire la promotion de l'Économie Solidaire". Avec des ressources limitées, la tâche ne sera pas facile. Mais le moment l'exige, et si les personnes qui se sont réunis à Amherst en sont une indication, elles seront en mesure de relever le défi.

US SEN website:
http://www.populareconomics.org/ussen/
Article original en anglais
Titres des sous-sections réalisés par le comité éditorial.


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Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

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Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

4/02/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #57
1 Avril 2009

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale

Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions


Message de l’équipe éditoriale
Dans ce numéro, Judith nous fait part de diverses réflexions sur le déploiement de l’économie solidaire, notamment dans le contexte européen : l’inclusion de produits du commerce équitable ou de l’agriculture biologique dans les politiques d’achats des administrations de l’état, des régions, des départements et des villes, mais également des grandes institutions comme des universités, ou des grands groupes de l’industrie ou du commerce. La question rentre dans l’actualité de plusieurs pays en ce moment.

Ainsi, tel que relaté dans le numéro précédent, le mouvement au Brésil revendique, que la loi d’alimentation scolaire brésilienne, garantisse qu’au moins 30% de cette alimentation soit achetée à des initiatives locales d’agriculture familiale et d’Économie Solidaire. Toujours dans cette même veine, le RIPESS propose de lancer une campagne mondiale pour les achats publics et pour une consommation éthique et responsable de biens et de services.

L’article de Judith présente un aperçu concret des défis qui se posent pour y arriver en France et au Royaume-Uni plus spécialement. Mais, comme l’article le mentionne, il existe aussi de nombreuses initiatives ailleurs. À titre d’exemple, Yvon a connaissance de deux initiatives du réseau des Centres de la petite enfance du Québec qui est l’équivalent des crèches. D’une part, un grand nombre de ces Centres procède à des achats de produits alimentaires bios auprès d’agriculteurs locaux. Ce qui permet de commencer la sensibilisation des jeunes dès l’âge préscolaire à l’alimentation saine et de tenir leurs parents informés. D’autre part, ces Centres se sont donné une coopérative commune pour l’achat de l’ensemble de leurs biens et services.

La question est à l’ordre du jour de la rencontre Lux’09. Elle est transversale et concerne la consommation responsable (atelier 6), mais aussi les politiques publiques (atelier 1), les réseaux (atelier 9) ou la communication (atelier 10), etc.

Tout notre comité éditorial du Bulletin est présent activement à cette rencontre au Luxembourg!! Il vous fera part des discussions et des avancées dans la parution du 1er juin (car il ne sera pas possible de le faire pour le 1er mai).

Comme nous savons que plusieurs de nos lecteurs y seront également, c’est avec un grand plaisir que nous attendons de vous revoir.

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut


Défis pour la généralisation de l’économie solidaire : quelques réflexions
Cet article est inspiré par un certain nombre d’expériences et de réunions auxquelles j’ai récemment participé, notamment en tant qu’interprète. Ce sont des réflexions qui souhaitent attirer l’attention des lecteurs sur des défis inhérents au développement d’alternatives économiques dans le contexte des multiples crises mondiales actuelles.

Commerce équitable et achat local : une complémentarité?
Un séminaire organisé par Max Havelaar France sur « les Territoires du Commerce Équitable » donne à réfléchir. Ce programme, qui bénéficie de subventions d’un programme Européen, utilise la définition suivante :

“Un Territoire du Commerce Équitable est une ville, village, pays, zone, île ou arrondissement qui s’engage à soutenir le Commerce Équitable et à utiliser les produits labellisés issus du Commerce Équitables. Tout territoire peut s’engager dans la démarche, qui se doit d’impliquer tout le monde!
Des associations locales, ONGs à affiliation religieuse, entreprises, écoles et individus contribuent tous à la construction d’un Territoire du Commerce Équitable, en s’engageant à faire de leur mieux pour soutenir le Commerce Équitable et à promouvoir la marque FAIRTRADE”.

Le commerce équitable, tout comme la nourriture biologique locale et la chaîne d’approvisionnement courte, voire directe, du producteur au consommateur pour les aliments ou les autres biens (en particulier les PSLPC: Partenariats Solidaires Locaux entre Producteurs et Consommateurs), constituent une tendance forte émergeante aujourd’hui. Une différence entre ces deux concepts est que le premier est basé sur les critères spécifiques du Commerce Équitable (cf. les sites de Max Havelaar et de World Fair Trade Organisation - WFTO – autrefois IFAT), or le deuxième se trouve ancré dans les principes de la consommation responsable sur le plan local. Mais les deux éliminent les intermédiaires et visent à garantir des revenus corrects aux producteurs. Ceci signifie que le producteur gagne mieux sa vie qu’en vendant ses produits aux grandes surfaces (qui tentent de payer un minimum aux producteurs pour augmenter leurs marges avec un maximum de bénéfices). En agissant ainsi, la chaîne courte signifie que le consommateur s’y retrouve aussi, car le prix payé revient généralement, à peu de choses près, à celui que pratique l’économie conventionnelle. Et la qualité de la nourriture et des biens est bien meilleure.

L’autre aspect clé est le respect systématique des Conventions de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), ce qui garantit des conditions de travail décentes pour tous les producteurs. Et quand les personnes ont des salaires décents, l’obligation de prendre le chemin périlleux de la migration est souvent évitée. Ceci est d’autant plus vrai que la question de la souveraineté alimentaire est aussi placée au cœur de la politique gouvernementale de certains pays comme au Mali. Si nous tenons compte de tous ces aspects en achetant notre panier de fruits et de légumes de la semaine, cela semble un choix raisonnable d’équilibrer quelques bananes issues du Commerce Équitable (empreinte carbone forte, mais Commerce Équitable) avec un sac de pommes ‘bio’ du producteur local (nos agriculteurs locaux ‘bio’ pourront survivre)...! Et ce sont des éléments clés qui assurent l’amorce d’une vraie économie locale, qu’elle soit près de chez nous ou ailleurs, une alternative viable à la situation de crises

Politiques d’achats publics : une place pour l’économie solidaire ?
En Europe, les entités publiques disposent aussi du pouvoir de réaliser leurs achats au meilleur rapport qualité/prix, ou bien de les motiver selon des critères sociaux et sociopolitiques. Sur des montants modestes, la contractualisation peut se faire sans recourir à des appels d'offre. Pour des achats importants où les procédures d’appel d’offres sont imposées, les cahiers des charges peuvent définir des clauses sociales comme l’intégration des travailleurs défavorisés et/ou des clauses environnementales. L’Italie est le premier pays à avoir introduit la dimension sociale des achats publics en 1991, réservant certains marchés publics aux coopératives sociales. Mais cette loi a dû être réexaminée à la suite d’objections de la Commission. Car c’est dans le cadre de la législation européenne que le débat se déroule aujourd’hui. En réalité, l'introduction de critères sociaux dans les contrats publics n’est pas encore de pratique courante.

Prenons l’exemple de la France. Aujourd’hui il est devenu courant de voir les cantines scolaires s’approvisionner en nourriture bio locale (et tant mieux !). L’introduction d’autres produits est plus récente. L’exemple de la ville de Nantes illustre bien qu’on peut aller plus loin. Les appels d’offres pour les uniformes des services municipaux contiennent des clauses spécifiques pour favoriser l’utilisation de textiles issus du Commerce Équitable (en particulier le coton bio équitable). La difficulté à laquelle la Ville se trouve confrontée est que la demande dépasse la possibilité des fournisseurs. Cela dit, la demande peut stimuler le marché. On peut espérer qu’une démarche volontaire du secteur public encouragera son développement. Un autre domaine-clé est l’achat de papier recyclé.

Deux variables culturelles ont marqué les discussions sur ce sujet lors de la réunion mentionnée ci-dessus. La première est que l’achat de biens et de service en France à tendance à se passer d’une manière hiérarchique. Cet achat étant souvent considéré comme un mécanisme de soutien, il permet à des régions, des villes ou des pays de la Zone de Solidarité Prioritaire (ZSP) de coopération décentralisée de la France (souvent ses anciennes colonies) d’être jumelées sur le plan institutionnel et d’avoir un soutien financier pour des projets de développement local. D’autre part, diverses associations, dont certaines qui d’origine religieuse, interviennent également afin de favoriser les communautés du Sud. Cependant, au Royaume Uni, c’est plutôt l’inverse. La plupart du temps l’initiative de cette démarche est initiée par la société civile (souvent en incluant des associations religieuses) ou par une communauté locale. Il est souvent nécessaire d’exercer des pressions considérables sur les institutions et les Autorités Locales pour obtenir un soutien aux projets. Dans tous les cas, les Associations de la société civile ont un rôle d’impulsion nécessaire dans une approche ascendante porteuse d’une alternative économique.

Défis pour la généralisation de la vente des biens et services de l’économie solidaire.
Une autre réflexion concerne le concept de prise de risque dans l’achat de biens et des services provenant de l’économie alternative, et ce même dans les courants alternatifs. Le Commerce Équitable et la nourriture bio sont des produits clairement identifiés, qu’ils soient officiellement certifiés ou non, ce qui est un tout autre débat. Certains produits et services sont maintenant acceptés par l’acheteur moyen et par bien des entreprises également. Linux versus Microsoft en est une bonne illustration. Une personne qui opte pour l’achat du système Linux sait qu’elle ne prend pas de « risque déconsidéré ». Mais des résistances demeurent dans l’organisation des grandes manifestations mondiales altermondialistes. Par exemple, on rencontre souvent le refus de travailler avec les systèmes alternatifs d’interprétation et les réseaux bénévoles d’interprètes sont parfois perçus comme manquant de fiabilité, même si le contraire a été largement démontré et pour le matériel et pour l’humain. Un exemple malheureux de cela est le cas du Forum Social Mondial de Belém. Ce qui a réduit considérablement le nombre d’activités avec interprétation ainsi que la possibilité des participants de s’exprimer dans la langue de leur choix.

N’est-ce pas la crainte des acheteurs-euses que la prestation pour “leur” événement - moment unique pour eux - ne soit pas à la hauteur qui est sous-jacente à de telles décisions ? Mais si chacun(e) n’augmente pas sa capacité de prise de risque, comment amorcer de véritables processus de changement et installer la confiance ? Posner et Schmidt en 1984 ont mené une étude sérieuse sur les facteurs qui influent sur le comportement éthique et le choix des managers. Les résultats montrent l’importance de la décision des supérieurs hiérarchiques comme facteur d’exemplarité. Ceci veut dire, par extrapolation, que le rôle des autorités locales dans leur choix d’achat peut avoir un impact énorme en termes d’émulation et exemplarité. Les premiers résultats du programme des Territoires du Commerce Équitable et le niveau de conscientisation que cela a déjà provoqué le démontrent bien. Il serait certainement de même pour le choix d’équipements et services alternatifs avec un peu plus d’effort de la part des acheteurs.

Pour conclure
Les défis sont de taille pour que l’économie sociale et solidaire puisse se déployer pleinement et poursuive son chemin de construction d’une économie plus juste et solidaire. C’est par une approche holistique que des solutions alternatives pourront être mises en place dans le long terme pour résoudre les crises multiples qui existent actuellement. Ces solutions doivent se mettre en place sur le plan local comme international, en faisant le lien entre produits et standards de l’OIT, des clauses éthiques, des prix justes, de la souveraineté alimentaire et des relations durables. Ceci demande à la fois de l’ouverture et une volonté collective de changer, de prendre des risques et d’explorer les alternatives.

Auteur : Judith Hitchman
Article original en anglais et en français

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Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

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3/02/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #56
1 Mars 2009

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale

Propositions de l’économie solidaire au FSM 2009

Pour un nouveau système économique et social
Mettons la finance à sa place !
Appel soumis à la signature des associations, syndicats et mouvements sociaux Belém, le 1er férier 2009


Message de l’équipe éditoriale
Yvon participait au FSM de Belém (Brésil) qui s’est tenu du 28 janvier au 1er février 2009. Lors de cette rencontre, en étroite collaboration avec le Forum brésilien d’économie solidaire (FBES), les membres du RIPESS présents ont organisés plusieurs ateliers et ont participé aux ateliers d’organisations alliées.

Il en ressort, que dans le contexte de la crise systémique actuelle, financière, alimentaire, réchauffement planétaire et récession économique, des médias et certains politiques, semblent découvrir cette économie pourvoyeuse non seulement d’emplois, mais aussi d’innovations et de sens dans la manière d’entreprendre. Nous pourrions nous en féliciter, mais ce serait oublier que le ralentissement général de l’économie va toucher de plein fouet les structures d’insertion, les associations, les petites entreprises, les coopératives, tant de salariés et des peuples entiers !! Contrairement aux banques, nous ne pouvons pas compter sur un soutien financier massif des pouvoirs publics ! La force de l’économie solidaire sera de fonctionner, plus encore, en réseau pour enrichir les pratiques, et amortir les difficultés. Elle n’y parviendra pas seule, du fait de la complexité et de l’interdépendance des problèmes engendrés par une globalisation néolibérale, mais elle peut s’affirmer comme un vecteur puissant de la transformation des relations sociales. Ainsi, nous ne savons pas s’il existe une alternative au capitalisme, mais ce qui est certain c’est qu’il existe une économie alternative au tout libéral. Le chemin sera ardu, complexe et long. Il commence par l’alliance des forces de progrès réunies dans ces différents courants de pensée et d’action, dans tous les continents pour incarner, animer et soutenir au quotidien la construction d’alternatives plus humaines et solidaires.

Dans le présent numéro, nous vous présentons
• Des propositions issues des organisations de l’économie solidaire présentes à Belém, le RIPESS et le FBES.
• Un appel à signature pour un nouveau système économique et social « Mettons la finance à sa place ! », signé de nombreuses organisations internationales.

Ayant participé à la réunion du Conseil d’administration du RIPESS ainsi qu’aux divers ateliers organisés par le RIPESS et ses membres, lors du Forum Social Mondial de Belem, Yvon porte à la connaissance des lecteurs ces deux documents qu’il juge intéressants.
Afin de bien saisir la portée du premier texte «Propositions», et notamment du point #5 de ce texte, il précise qu’il faut comprendre le mot « territoire » comme synonyme des emplacements où se tiennent les stands, plus ou moins près des grands débats thématiques qui attirent beaucoup de monde. Il faut savoir que le RIPESS n’est pas membre du Conseil International du FSM, et rencontre, de ce fait, des difficultés pour obtenir une reconnaissance plus officielle dans la programmation des Forums, y compris dans la logistique des rencontres.


La rencontre au Luxembourg (www.lux09.lu) est un prochain rendez-vous qui permettra d’avancer dans les propositions, et espérons-le, dans des modalités d’action qui les traduisent dans les faits.

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut


PROPOSITIONS DE L’ÉCONOMIE SOLIDAIRE AU FSM 2009
Face à la crise économique internationale nous affirmons que l’économie sociale et solidaire est l’une des stratégies qui permet une croissance économique durable, contribuant à la construction d’un nouveau modèle centré sur le bien-être des personnes dans les 5 continents :

Nous, travailleurs et travailleuses et militants du mouvement de l'économie solidaire, formulons les propositions suivantes:
1. Dans notre contexte de crise mondiale, plus que jamais les pratiques économiques alternatives répondent, au moyen de leurs expériences comme de nouveaux instruments de finances sociales et solidaires. Il est donc fondamental de reconnaître et d’appuyer la création de liens chaque fois plus étroits entre l’économie, la durabilité et les finances solidaires.
2. Il est nécessaire de rredonner vie au rôle de la FAO dans le cadre du système ONU, afin de garantir le droit à l’alimentation, en recommandant le développement de la production d’aliments issus de l’agriculture familiale et de l’économie solidaire, mais aussi comme moyen de créer des postes de travail et des sources de revenus, face à l’augmentation du chômage dans le monde.
3. Dans les éditions à venir, nous voulons donner une plus grande importance politique et plus de cohérence pratique à la construction matérielle du Forum Social Mondial, en garantissant une participation, chaque fois plus grande, d’initiatives solidaires, d’agriculture familiale locale, de matériaux de faible impact environnemental, dans l’infrastructure.
4. Nous recommandons de créer un réseau d’organisations pour des échanges économiques solidaires, locaux et internationaux via le web, en partant de l’existant et en utilisant les technologies de l’information/ médias libres, pour élaborer une solution en réseau.
5. Dans la construction des futures éditions du FSM, reconnaissant l’apport de l’Économie Sociale et Solidaire au sein de cette globalisation de la solidarité, nous recommandons que le territoire (au sens d’emplacement) de l’Économie Sociale et Solidaire soit situé géographiquement près des grandes thématiques, afin de construire des territoires en tenant compte des affinités.
6. Nous apportons notre soutien au projet de loi d’alimentation scolaire brésilienne, qui garantit qu’au moins 30% de cette alimentation soit achetée à des initiatives locales d’agriculture familiale et d’Économie Solidaire, ce qui implique une action stratégique pour la défense de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et d’un autre modèle de développement : local, solidaire, durable et culturellement divers.
7. Nous proposons de lancer une campagne mondiale pour les achats publics et pour une consommation éthique et responsable de biens et de services de l'Économie Solidaire et de l'agriculture familiale, et de dénoncer les dégâts et l'impact qui provient de la consommation de produits d'entreprises capitalistes et les sociétés multinationales.

8. Nous nous joignons aux autres mouvements sociaux du monde entier dans leurs luttes pour la dignité humaine, le bien-être, l'émancipation des peuples et la transformation de l'actuel modèle de développement.

Propositions soumises et soutenues par le :
Réseau Intercontinental de promotion de l’Économie Sociale et Solidaire (RIPESS)
Forum Brésilien d’Économie Sociale et Solidaire (FBES)
Le 1er février 2009


Pour un nouveau système économique et social
Mettons la finance à sa place !
Appel soumis à la signature des associations, syndicats et mouvements sociaux Belém, le 1er février 2009


La crise financière est une crise systémique qui s’inscrit dans le contexte de crises globales multiples (climatique, alimentaire, énergétique, sociale…) et d’un nouvel équilibre des puissances. Cette crise résulte de trente ans de transferts des revenus du travail vers le capital, tendance qu’il faut inverser. Elle est la conséquence d’un système de production capitaliste fondé sur le laissez-faire et qui se nourrit de l’accumulation des profits à court terme par une minorité, des déséquilibres financiers internationaux, de la répartition inégale des richesses, d’un système commercial injuste, de la perpétration et l’accumulation de dettes irresponsables, écologiques et illégitimes, du pillage des ressources naturelles et de la privatisation des services publics. Cette crise frappe l’humanité dans son ensemble, à commencer par les plus vulnérables (les travailleurs, les chômeurs, les paysans, les migrants, les femmes…) et les pays du Sud, qui sont victimes d’une crise dont ils ne sont en rien responsables.

Les moyens utilisés pour sortir de la crise se limitent à socialiser les pertes en vue de sauver, sans réelle contrepartie, le système financier à l’origine du cataclysme actuel.
Où sont les moyens pour les populations qui sont victimes de la crise ? Le monde n’a pas seulement besoin de régulations, mais d’un nouveau paradigme qui ramène la sphère financière au service d’un nouveau système démocratique fondé sur la satisfaction de tous les droits humains, le travail décent, la souveraineté alimentaire, le respect de l’environnement, la diversité culturelle, l’économie sociale et solidaire et une nouvelle conception de la richesse.

C’est pourquoi nous demandons de :

• Mettre les Nations unies, réformées et démocratisées, au coeur de la réforme du système financier, car le G20 n’est pas un forum légitime pour apporter les réponses adéquates à cette crise systémique.
• Etablir des mécanismes internationaux, permanents et contraignants, de contrôle des mouvements de capitaux.
• Mettre en oeuvre un système monétaire international fondé sur un nouveau système de réserve et incluant la création de monnaies de réserve régionales, afin d’en finir avec la suprématie du dollar et d’assurer la stabilité financière internationale.
• Mettre en oeuvre un mécanisme global de contrôle public et citoyen des banques et des institutions financières.
• L’intermédiation doit être reconnue comme un service public garanti à tous les citoyens du monde et doit être sortie des accords commerciaux de libre échange.
• Interdire les fonds spéculatifs et les marchés de gré à gré, sur lesquels sont échangés les produits dérivés et autres produits toxiques hors de tout contrôle public.
• Eradiquer la spéculation sur les matières premières, à commencer par les produits alimentaires et énergétiques, par la mise en oeuvre de mécanismes publics de stabilisation des prix.
• Démanteler les paradis fiscaux, sanctionner leurs utilisateurs (individus, compagnies, banques et intermédiaires financiers) et créer une organisation fiscale internationale chargée d’enrayer la concurrence et l’évasion fiscales.
• Annuler la dette insoutenable et illégitime des pays appauvris et établir un système responsable, démocratique et juste de financement souverain au service du développement durable et équitable.
• Etablir un nouveau système international de répartition des richesses par la mise en oeuvre d’une fiscalité plus progressive au niveau national et par la création de taxes globales (sur les transactions financières, sur les activités polluantes et sur les grosses fortunes) pour financer les biens publics mondiaux. Nous appelons les associations, les syndicats et les mouvements sociaux à converger pour créer un rapport de force citoyen en faveur de ce nouveau modèle. Nous les appelons à multiplier les mobilisations partout dans le monde, notamment face au G20, dès le 28 mars 2009.


Signatures des organisations et liste de signataires à www.choike.org/gcrisis ou signatures par e-mail à finance@eurodad.org (nom de l’organisation, pays, contact email).

Cet appel est issu d’une série de séminaires au Forum social mondial 2009 de Belém, ayant impliqué notamment :
Action Aid, Attac, BankTrack, CADTM, CCFD, CEDLA, CNCD, CRID, Eurodad, Forum mondial des alternatives, IBON, International WG on Trade-Finance Linkages, LATINDADD, Networkers South-North, NIGD, SOMO, Tax Justice Network, Transform!, OWINFS, War on Want, World Council of Churches.


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Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

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2/14/2009

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #55
1 Février 2009

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale

4e Rencontre internationale sur la globalisation de la solidarité
Invitation à participer

La Rickshaw Bank en Inde
Une initiative innovante envers les plus pauvres

Message de l’équipe éditoriale


En ce début d’année 2009, on n’entend parler que de conflits armés et des effets en chaîne d’une récession qui risque de dégénérer en grande dépression économique. Et comme toujours, ce sont les personnes et les peuples les plus démunis, les plus fragiles qui écopent. Comme dans les années 30, la crise trouve son point d’origine dans le pays le plus puissant, celui qui a imposé les formes et les conditions de la globalisation. Nous sommes tous concernés et potentiellement menacés par ce qui se passe. C’est pourquoi, il est essentiel aujourd’hui de contribuer, avec nos propres réflexions et nos propositions. En effet, les dogmes qui nous dénonçons depuis de longues années, comme la déréglementation, les privatisations, la consommation non durable dans les pays riches, sont remis en cause. C’est une opportunité pour affirmer que « une autre économie existe ».

Nous accompagnons les mutations depuis plus de vingt ans. Elles se sont progressivement affirmées et internationalisées aussi bien au Forum Social Mondial de Belém au Brésil en janvier, qu’à la 4e Rencontre internationale de globalisation de la solidarité au Luxembourg en avril 2009. Les potentialités de nos alternatives ont l’avenir devant elles. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire auront l’opportunité de faire entendre leur message dans les mois à venir. C’est une occasion à ne pas manquer de construire des convergences et des alliances pour agir ensemble.

Nous sommes heureux de témoigner dans ce bulletin d’une innovation fort intéressante par et pour les plus pauvres. Comme nous l’avons dit à maintes reprises, la capacité d’innovation et de créativité des approches alternatives, axée sur la prise de pouvoir des personnes eux-mêmes sur leur activité économique, est l’une des ressources, sans doute la plus précieuse pour changer le cours des choses.

C’est un puissant encouragement pour nous tous.

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut


La Rickshaw Bank en Inde
Une initiative innovante envers les plus pauvres


En Inde, comme dans bien des pays, des habitants arrachés à la vie rurale dont ils ne réussissent plus à vivre, partent afin de tenter d’améliorer leur sort dans les zones urbaines. Or, faute de formation et de compétences particulières, ils ne font que grossir le nombre de personnes vivant dans la misère, souvent dans des conditions «inhumaines». C’est ainsi qu’en Inde, il y a 8 000 000 de conducteurs de pousse-pousse, dont 95% ne sont pas propriétaires de leur propre pousse-pousse, faute de moyens. En Inde, un pousse-pousse est un tricycle modifié pour le transport de personnes ou de marchandises. Afin de gagner leur maigre subsistance, ils sont dans l’obligation de louer, sur une base quotidienne, un pousse-pousse à des taux qu’on pourrait considérer usuraires (en général une forme de mafia). Ainsi, sur un revenu quotidien moyen de 75 Roupies, ils doivent en verser 25 au propriétaire (50 Roupies équivalent à 1$ US). De plus, comme ils n’ont pas d’assurance, ils sont vulnérables quand il y a un accident pour un passager. En général, cinq personnes dépendent de ce revenu pour vivre.

Constatant ce phénomène, le Dr Pradip Kumar Sarmah, Directeur exécutif du Centre for Rural Development (Centre de développement rural), s’est dit qu’il fallait trouver une solution afin de venir en aide à ces personnes d’origine rural. Il a pensé que la meilleure façon était de trouver un projet qui permette aux conducteurs de devenir propriétaires de leurs propres outils de travail, soit un pousse-pousse.

Le projet : la Rickshaw Bank

Ainsi, en 2004, est née l’idée de la Rickshaw Bank (rickshaw est le nom anglais d’un pousse-pousse). Suite à de nombreuses démarches, un système est en place depuis 2006. Il permet aux travailleurs autonomes de devenir propriétaire de leurs pousse-pousse. De plus, le projet comporte de nombreuses innovations :
• Un nouveau pousse-pousse, avec des matériaux plus légers et plus aérodynamique avec l’aide de l’Institut Indien de Technologie
• La nouvelle conception permet d’y installer de la publicité, ce qui augmente les revenus,
• Un prêt dans une banque leur permettant d’acheter leur pousse-pousse, avec l’aide d’ONG de développement, suite à des ententes avec des institutions financières et des ministères,
• Ce prêt est intégralement remboursé dans une période de 12 à 24 mois, en versant le même montant qu’ils versaient auparavant aux propriétaires, soit 25 Roupies par jour,
• Le prêt d’un montant d’environ 13 000 Roupies inclut, en plus de l’achat du pousse-pousse, un uniforme, une carte d’identité, un permis et une assurance pour deux ans.
• Une solidarité de groupe se met en place, car les conducteurs sont constitués en groupes de cinq conducteurs chacun (sur le modèle des cercles d’emprunts de la micro-finance). De plus, cinq groupes, soit 25 conducteurs, disposent d’un garage pour entretenir et réparer leur pousse-pousse. Ce lieu, qui sert aussi aux familles d’accéder au gaz pour la cuisine, produit ainsi un sentiment d’appartenance et un espace d'échange d'idées.

Déjà, plus de 3 000 conducteurs sont devenus propriétaires et la demande est tellement forte que le Centre de développement rural ne suffit plus à y suffire. Il est important de mentionner que le projet à obtenu une visibilité importante dans les médias, y compris à la télévision nationale et dans des quotidiens. Comme le projet est soutenu par les gouvernements concernés, par exemple par la présence de ministres lors de lancements dans de nouvelles villes, la notoriété du projet est augmentée. Présentement, l’expansion du projet va se faire en accordant des franchises à d’autres organisations partout en Inde.

Les impacts

Déjà, le projet est en mesure de démontrer un impact au niveau d’un développement communautaire durable. Et ce à trois niveaux :
• Social – amélioration de la santé des conducteurs et leurs familles; meilleure possibilité pour les enfants d’aller à l’école, amélioration de la loi et l’ordre (moins de contrôle de la mafia) et création d’une ambiance de travail plus positive.
• Environnemental – une alternative de l’usage des énergies fossiles (auto) et accès à un gaz de cuisson plus environnemental
• Économique – accès à propriété du pousse-pousse, augmente les revenus et le niveau de vie, accès à des ressources financière, création d’emplois pour les jeunes et possibilité pour les entreprises locales d’augmenter leur ventes

L’avenir – le Soleckshaw

Maintenant en phase expérimental, un nouveau modèle de pousse-pousse, assisté d’un moteur avec batterie chargée par l’énergie solaire, est à l’essai à New Delhi. Lancé avec la participation du Ministre des Sciences du gouvernement fédéral indien, il est prévu utiliser le Soleckshaw à grande échelle lors des Jeux du Commonwealth en 2010.

C’est un fait connu que la densité des populations dans les villes de l’Inde est telle qu’il faut trouver des solutions écologiques à la circulation des personnes et des marchandises. Tout en permettant une amélioration sensible des conditions de vie de personnes très pauvres, la Rickshaw Bank permet d’améliorer la vie urbaine, et avec l’apparition à grande échelle du pousse-pousse assistée d’un moteur, l’effort physique des conducteurs sera également considérablement amélioré.

Auteur : Yvon Poirier
Résumé d’une présentation dans une conférence à Brisbane en Australie en octobre 2008
Pour informations supplémentaires (en anglais seulement) : www.crdev.org


4e Rencontre internationale sur la globalisation de la solidarité
Invitation à participer


Le Comité de pilotage européen prépare activement le Forum Lux’09 du 22 au 25 avril 2009 qui se déroulera à Esch sur Alzette (Luxembourg). Il s'est réuni, pratiquement au complet, les 9 et 10 janvier 2009 à Saint Omer (Région Nord Pas de Calais, France). En choisissant ce lieu, il répondait à l'invitation de la plateforme de travail animée par les Pactes Locaux, à l'occasion de leur 5ème et dernière étape régionale de capitalisation d’expériences sur le thème de « la participation démocratique et l’ancrage territorial » (qui fera l’objet d’un atelier, le n° 7 parmi les 14 retenus. Ces ateliers ont chacun une page ouverte sur le forum en ligne, recouvrant diverses thématiques - cf. www.lux09.lu ).

L’ensemble des contributions des ateliers est destiné à apporter du grain à moudre au thème choisi par les Européens, et validé par le RIPESS (Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire), pour cette IV° rencontre de la Globalisation de la Solidarité : «Une autre économie existe : les innovations de l’économie sociale et solidaire ». Le contexte actuel est celui d’une crise profonde du modèle de croissance. Ce modèle a produit une globalisation insoutenable et profondément injuste. Les acteurs de l'économie sociale et solidaire ont conscience que Lux’09 est un moment important et une opportunité pour faire un pas de plus en avant, du fait de leurs avancées collectives, pour « sortir du bois » et s’affirmer comme parties prenantes à part entière de la transformation des règles du jeu pour sortir de la crise «par le haut».

Les délais se rapprochent, les préinscriptions sont ouvertes sur le site dédié au forum, animé par INEES (Institut européen de l’économie solidaire), déjà cité plus haut: Rappelons aux personnes intéressées à participer à Lux’09 qu’une contribution active aux discussions en ligne est vivement souhaitée. Il s'agit même d'une des conditions plus que conseillées par les organisateurs pour s’associer à la démarche. C’est le moment d’y aller!

Martine Theveniaut
Déléguée générale Pactes Locaux-Lux’09
www.pactes-locaux.org


Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :

http://developpementlocal.blogspot.com/
www.apreis.org/

Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

12/02/2008

Bulletin International de Développement Local Durable
Bulletin d’information #54
1 Décembre 2008

Sommaire

Message de l’équipe éditoriale

Mondragón Coopérative Corporation
Une analyse critique des forces et faiblesses et potentialités du modèle.

Déclaration de Bamako
Pour un tourisme solidaire vecteur de développement durable des territoires.

Rencontre internationale de La Via Campesina, à Maputo, Mozambique.
Les défis du mouvement paysan mondial

Message de l’équipe éditoriale


La Mondragón Coopérative Corporation (MCC) est certes connue comme l’une des plus grandes coopératives industrielles dans le monde. Judith Hitchman nous présente un article à la suite de sa rencontre avec le responsable de la communication de la MCC au mois de septembre dernier. Ce n’est pas une analyse exhaustive des défis qu’affronte MCC, mais nous aide à comprendre les grands enjeux de gouvernance et de gestion d’une coopérative de grande taille, à une échelle internationale.

D’autre part, nous portons à votre connaissance les principaux résultats de rencontres auxquelles Martine et Judith ont participé : le Forum international du tourisme solidaire à Bamako (Mali) (FITS) et la cinquième conférence internationale de La Via Campesina à Maputo (Mozambique).

Comme le prochain numéro ne paraîtra qu’en février 2009, nous désirons vous exprimer nos meilleurs vœux et vous souhaiter paix et prospérité pour la prochaine année. Nous formons aussi des vœux collectifs pour que la gravité de la crise financière, économique, alimentaire et écologique détermine les principaux gouvernants à engager la transformation radicale dont le monde a besoin. Que 2009 amorce des issues positives est notre vœu le plus cher !

Équipe éditoriale
Judith Hitchman
Yvon Poirier
Martine Theveniaut


Mondragón Coopérative Corporation
Une analyse critique des forces et faiblesses et potentialités du modèle.


Beaucoup de personnes connaissent Mondragón, souvent vanté comme le prototype de la coopérative industrielle réussi, dans un monde où le modèle coopératif est plus généralement identifié avec les secteurs agricoles ou des services. Nous avons eu le privilège récemment de rendre visite au siège, où nous avons passé un long après-midi en compagnie de Mikel Lezamiz, le responsable de la communication, qui nous a reçu avec beaucoup de courtoisie.

Historique.
En 1941 Don José Arizmendiarrieta est arrivé dans la petite ville de Mondragón, situé au cœur du pays Basque espagnol. En 1943 il fonda l’École Polytechnique, suivi quelques dix ans plus tard, en 1956 par la première coopérative, ULGOT, où se fabrique la marque d’électroménager FAGOR. Le tout premier regroupement de coopératives (ULARCO-FAGOR) est né en 1964, suivi deux ans plus tard par un des éléments les plus innovants, ALECOP, une usine où des emplois à temps partiel sont réservés à des étudiants, de façon à leur permettre de gagner de quoi poursuivre leurs études. Il faut garder à l’esprit que l’Espagne en général, et encore plus cette région est très pauvre à cette époque, et que les gens se relèvent à peine des effets de la guerre civile. En 1974, est né un centre de recherches, et progressivement le vaste empire qu’est aujourd’hui le Mondragón Coopérative Corporation. La forme actuelle de la structure MCC a été adoptée par le Congrès de 1991.

Qu’est-ce que Mondragón aujourd’hui, et comment opère-t-elle?
Mondragón constitue un véritable empire, composé de quelques 103 000 personnes, 120 coopératives, couvrant des champs très divers de produits, industriels, financiers, biens de consommation, agriculture, éducation, recherche et services sociaux. Les 69 usines de production se trouvent dans de nombreux pays du monde. Ce ne sont pas toutes des coopératives, comme nous le verrons plus loin. Au sein de la chaîne de supermarchés, EROSKI, les consommateurs sont aussi membres. Un comité d’hygiène et de sécurité existe dans toutes les coopératives.

Selon la déclaration de principes (mission statement) :
Mondragón Coopérative Corporation (MCC) est une entité entrepreneuriale socio-économique ayant ses racines profondes dans le Pays Basque, créée par et pour les personnes, inspirée des principes fondamentaux de l’expérience coopérative, engagée envers la communauté à l’amélioration de la compétitivité et à la satisfaction des clients. Son but est de “ créer de la richesse au sein de la société par le développement entrepreneurial et la création d’emplois, de préférence des emplois où les personnes sont membres des coopératives”.

MCC se base sur l’engagement solidaire et utilise des méthodes démocratiques au sein de son organisation et de son management. MCC encourage la participation et “l’intégration des personnes dans la gestion, les profits et l’actionnariat de leurs entreprises afin de développer un projet conjoint intégré qui vise une entreprise sociale et le développement personnel”.

Et 10 principes fondateurs sous-jacents de coopération:

1. Entrée ouverte.
2. Organisation démocratique.
3. Souveraineté du travail.
4. Nature subordonnée et instrumentale du capital.
5. Management participatif.
6. Solidarité salariale.
7. Inter coopération.
8. Transformation sociale.
9. Universalité.
10.Éducation.

Le coût d’entrée dans le système coopératif est de 14,000 €, une somme qui est déduite progressivement des salaires sur une période longue. Être membre d’une des coopératives du groupe ouvre droit à une participation à hauteur de 20% des profits d’ensemble , à l’adhésion automatique au système maison complémentaire de santé, de retraite, et d’accès à des prêts à taux préférentiels. C’est aussi une assez grande sécurité de travail. Le niveau de formation tout au long de la vie est élevé, suivant les 10% requis en Espagne. Un accès à l’Université technique, aux centres de formation au management et linguistique sont aussi garantis.

Le premier élément qui me semble positif est que malgré le fait d’être devenue une corporation multinationale, aucune délocalisation de coopératives hors d’Espagne ou au Pays Basque n’a eu lieu, que ce soit dans l’industrie, les supermarchés, les centres de recherche, les banques et services, où 90% du personnel sont membres des coopératives. Le personnel restant (souvent moins de 5%) bénéficie d’une certaine «flexicurité». En 2007, 10 coopératives ont réalisé des pertes. En 2008 ce sera au moins le double. Plusieurs entreprises du groupe ayant actuellement le statut classique d’actionnariat sont en voie de devenir des coopératives à présent.

Quelles sont les forces et les faiblesses du modèle?
J’ai tenté d’examiner le degré de mise en œuvre de ces pratiques à la lumière de l’économie solidaire qui vise la création d’une richesse et d’un bien-être collectif, afin de voir comment une entreprise multinationale peut être effectivement mise au service des intérêts locaux et des personnes.

Face à la question délicate sur l’origine des produits, surtout dans les supermarchés EROSKI, et sachant combien l’agriculture intensive au Sud de l’Espagne peut être un équivalent moderne de l’esclavage, j’ai appris que la chaîne a reçu la certification SA8000 il y a deux ans. Ce qui veut dire que les droits humains sont respectés, tout comme le travail décent (y compris chez leurs fournisseurs). Aucun travail n’est effectué par des enfants. La certification ne couvre pas tous les produits, mais le processus est bien en cours. La coopérative FAGOR met en œuvre les mêmes principes de SA8000, même s’ils ne sont pas encore certifiés.

Être coopérant c’est aussi partager les risques et accepter les réductions de salaires en période de récession… Avec la récession mondiale, il y aura certainement des emplois en moins, que cela soit en Espagne ou ailleurs. Et les impacts sociaux se feront certainement sentir autant chez les coopérants qu’ailleurs.

Cependant de nombreuses usines qui se trouvent de par le monde ne sont pas des coopératives. Les différences culturelles dans l’acceptation du style universel de management participatif et les principes de coopération sembleraient en être les causes principales. Mais il existe un élément positif : les flux tendus de livraison des pièces livrées chez les clients font que l’empreinte carbone de l’entreprise est des meilleures. Beaucoup de ces entreprises ont encore à peine dépassé la phase de démarrage, et ne dégagent pas encore de bénéfices. Il existe une transparence de l’information, une tentative de mettre en place un même style de management, et 30% des parts appartenant aux salariés. Une redistribution de bénéfices est difficile à mettre en place car il n’existe pas de culture de l’épargne dans de nombreux pays, ce qui rend la participation simple aux bénéfices plus compliquée. La mise en œuvre de programmes de santé et de retraite a un impact plus important. Cela vaut aussi la peine de mentionner le fait que les salaires dépassent de 10% le salaire minimum dans chaque pays. Néanmoins, cela pose les limites culturelles du modèle, même si la philosophie reste intègre.

Tout ceci démontre une RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) très importante. Il existe une volonté affichée de respecter les Droits de l’Être Humain, tout comme la législation, la dignité, le respect et la transparence. Le modèle de la bonne gouvernance est basé sur les principes de l’inter coopération et le contrôle des travailleurs.

Une question reste sans réponse: celle de la non-existence des syndicats.
Malgré le principe de la coopération, “un homme une voix”, qui confère une représentation démocratique claire, le rôle d’un syndicat dépasse celui de la simple représentation. Particulièrement quand les temps deviennent durs. Les syndicats permettent aussi aux travailleurs de rester en lien avec le monde extérieur à leur entreprise et secteur.

En fin de compte, dans une entreprise de dimension transnationale, dont la vente des produits dépend du consumérisme, et du “toujours plus” la question reste posée sur les véritables limites que porte ce système, de façon intrinsèque. Est-ce que le modèle actuel pourra perdurer et transformer la société pour qu’il y ait une approche plus raisonnée à l’utilisation de toutes choses? Ou bien est-ce que le lien étroit de la production des biens au modèle d’une société capitaliste et néolibérale va provoquer la chute de ce qui est sans doute une tentative unique de partager les bénéfices de l’activité avec la base ? Comme l’a exprimé Mikel Lezamiz “Nous ne sommes pas des anges…” ?

Auteur : Judith Hitchman
http://www.mcc.es/
Article original en français et en anglais

Déclaration de Bamako

Pour un tourisme solidaire vecteur de développement durable des territoires.


Le 3ième Forum international du tourisme solidaire (FITS), réuni à Bamako, au Mali, du 20 au 22 octobre 2008, précédés par des ateliers de terrain de 3 jours, s’est conclu par une déclaration dont vous trouverez ci-dessous l’essentiel.

« Les ateliers comme les tables-rondes ont montré l’importance de privilégier, dans un objectif de développement, une approche territoriale dans laquelle le Tourisme Solidaire peut occuper une place déterminante.

L’enjeu de ce développement est tout autant de contribuer à améliorer la qualité de vie des hommes vivant sur ces territoires que d’en préserver les ressources naturelles. Au-delà des différentes expressions utilisées pour désigner le « tourisme solidaire », celui-ci doit intégrer, de façon déterminée, cet objectif de développement durable.

Les acteurs et les partenaires du Tourisme Solidaire sont invités à se référer au cadre et aux valeurs de ce que nous appelons aujourd’hui l’économie sociale et solidaire, en tenant compte des spécificités des pays ou régions du monde.

Quelques grands axes opérationnels paraissent prioritaires pour atteindre l’objectif de développement durable au travers d’un Tourisme Solidaire :

• Obtenir des pouvoirs publics un soutien politique accru vis-à-vis du tourisme solidaire
• Créer ou préciser les cadres législatifs et réglementaires adaptés au Tourisme Solidaire
• Favoriser l’implication des gouvernements locaux et régionaux
• Inscrire le Tourisme Solidaire dans une approche complémentaire de l’ensemble des activités du territoire
• Développer et renforcer les moyens d’appui (formation, financement, accompagnement,...)
• Encourager la structuration et la mise en réseau des acteurs et des territoires en privilégiant les structures existantes afin d’éviter l’atomisation des initiatives
• Assurer une offre de Tourisme Solidaire de qualité qui soit adaptée aux attentes des clientèles
• Déterminer de meilleures conditions d’intégration au marché.
Il nous faut maintenant passer ensemble du dire au faire : telle est l’ambition que nous affichons à l’issue de ce 3ème forum, conscients de l’ardente obligation de devoir atteindre désormais les objectifs qui nous réunissent ».

Martine Theveniaut et Alain Laurent, participants au FITS et à l’atelier de Teriya Bugu.
Voir le compte-rendu de cet atelier sur le site (en construction) : www.pactes-locaux.org Voir Base de fiches. Sphère : pactes ; Identifiant : INV ; mot de passe : pactes.



Rencontre internationale de La Via Campesina, à Maputo, Mozambique.
Les défis du mouvement paysan mondial


La cinquième conférence Internationale de Maputo (Mozambique), du 19 au 22 octobre 2008, a été précédée par la Conférence Internationale des Jeunes et l’Assemblée des Femmes.

Dans le contexte actuel des crises multiples - alimentaire, financière, énergétique et climatique – les finalités du projet de ce mouvement, qui a déjà 15 années d’existence, prennent une nouvelle signification. La logique de développement durable qui inclut la possibilité de réaffirmer les droits des peuples à cultiver une nourriture locale et saine, et financièrement à leur portée, trouve un écho comme jamais auparavant. Il faut encore un effort significatif pour combattre les APEs (Accords de Partenariat Économique) qui facilitent le dumping et la surproduction industrielle, aussi bien que du plaidoyer pour relocaliser à l’échelle du petit, ancrée dans la capacitation locale, et la réforme agraire.

Ces questions ont été discutées dans les sessions plénières et continentales par les 500 délégués venus à Maputo de tous les continents. La conférence était remarquablement organisée, avec une équipe de 50 interprètes coordonnées par le collectif Lyre.

« La Via Campesina est un mouvement international de paysans, de petits et moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du milieu rural, de peuples indigènes et de travailleurs agricoles. Il s’agit d’un mouvement autonome, pluraliste et multiculturel, indépendant de toute organisation politique, économique ou autre.

Le principal objectif de La Vía Campesina est de développer la solidarité et l'unité dans la diversité parmi les organisations de petits producteurs, afin de promouvoir des relations équitables entre les hommes et les femmes, ainsi que des relations économiques d'égalité et de justice sociale, la préservation et la conquête de la terre, de l'eau, des semences et des autres ressources naturelles, la souveraineté alimentaire, une production agricole durable ainsi qu'une égalité basée sur les petits et moyens producteurs.

La Vía Campesina défend un modèle d'agriculture paysanne et familiale basée sur la production durable, avec des ressources locales et en harmonie avec la culture et les traditions des communautés. Les paysans et les petits producteurs ont une grande expérience liée aux ressources disponibles localement. Ils sont en mesure de produire une grande quantité de nourriture de qualité avec très peu d'intrants externes. Notre production est principalement destinée à la consommation familiale, et les excédents peuvent être vendus sur les marchés locaux.

La souveraineté alimentaire est le DROIT des peuples, des pays ou de groupes de pays à définir leurs politiques agricoles et alimentaires, sans faire du dumping dans d'autres pays. La souveraineté alimentaire organise la production et la consommation alimentaire selon les besoins des communautés locales, en donnant la priorité à la production pour la consommation familiale et locale. La souveraineté alimentaire inclut le droit à protéger et à réguler l'agriculture et l'élevage au niveau national, et à protéger le marché local du dumping des excédents alimentaires et des importations à bas prix en provenance d'autres pays. Les sans terre, les paysans et les petits producteurs doivent avoir accès à la terre, à l'eau, aux semences, à des moyens de production et à des services publics adaptés. La souveraineté et la durabilité alimentaires doivent être prioritaires par rapport aux politiques commerciales.

Le modèle actuel de l’industrie agroalimentaire a été délibérément dessiné pour une intégration et une domination verticale de l'agriculture. Ce modèle exploite les travailleurs, et concentre le pouvoir économique et politique au sommet de la pyramide. La Vía Campesina défend un modèle décentralisé où la production, la transformation, la distribution et la consommation sont contrôlées par les peuples, les communautés elles-mêmes, et non par des entreprises transnationales. »

Deux des décisions
* La décision de créer des alliances stratégiques avec d’autres organisations afin de tirer partie de la crise internationale et de progresser vers un système plus durable, plus équitable.
* L’introduction d’une campagne pour en finir avec la violence faite aux femmes (physique, morale et institutionnelle). Cette dernière campagne se tiendra ensemble avec la Marche Mondiale des Femmes, dont l’Assemblée Générale s’est tenue en même temps en Galice en Espagne.

La déclaration finale se trouve au lien suivant :
http://www.viacampesina.org/
Judith Hitchman, interprète et membre du collectif Lyre
Article original en français et en anglais


Nos Bulletins sont disponibles sur le WEB :
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Remerciements à nos traducteurs :
Éveline Poirier (Canada) pour l’anglais, Brunilda Rafael (France) pour l’espagnol et Michel Colin (Brésil) pour le portugais.

Nous contacter (pour informations, nouveaux abonnements ou désabonnements)
Yvon Poirier ypoirier@videotron.ca

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